Le marketing agroalimentaire conçoit des produits ultra-transformés hyper-savoureux pour créer une désirabilité maximale, source de véritables addictions alimentaires. En leur prêtant une fausse image de santé ou de convivialité et en exploitant nos failles psychologiques, il influence nos choix. Voici comment identifier et déjouer ces pièges au quotidien.
Il est essentiel de garder un minimum de contrôle sur les ingrédients qui composent les produits alimentaires que nous consommons. Certains de ces ingrédients sont en effet réputés favoriser les dérèglements alimentaires, voire être à l’origine de véritables addictions alimentaires. L’un des critères majeurs de l’addiction reste l’envie impérieuse de consommer, c’est-à-dire cette impulsion que l’on retrouve aussi bien dans l’addiction aux substances que dans les addictions à la nourriture. Or, cette impulsion de consommer est largement conditionnée par les caractéristiques psychologiques que l’industrie agroalimentaire confère volontairement à ses produits.
La désirabilité des produits : un critère optimisé à tout prix
Loin d’être le fruit du hasard, ces caractéristiques ont fait l’objet d’analyses très précises du comportement du consommateur. Ces études ont permis d’identifier et d’atteindre des seuils de désirabilité optimale. Sans prétendre en dresser une liste exhaustive, voici les principaux leviers utilisés :
- L’immédiateté de la satisfaction du besoin (produit tout prêt, vite prêt, toujours disponible) ;
- La facilité de la satisfaction du besoin (facile à mastiquer, facile à préparer, sans aucune préparation) ;
- Une saveur agréable au goût et surtout une saveur douce (haute teneur en gras, sucre et sel, présence d’agents de texture et de saveur) ;
- Une forte charge affective ou une forte puissance évocatrice (la fameuse madeleine de Proust qui renvoie à la douceur vécue pendant l’enfance) ;
- Une forte connotation d’appartenance à un groupe (appartenance à une culture, à une catégorie de personnes ou à une tranche d’âge) ;
- Une forte impression de faire quelque chose de bien pour sa santé ou, plus récemment, pour l’écologie (produits allégés, produits laitiers, enrichis en vitamines, sans lactose, sans gluten, écoresponsables, etc.).
Ces leviers transforment des aliments ultra-transformés en objets de désir quasi irrésistibles, tout en masquant souvent leur faible qualité nutritionnelle derrière un discours marketing rassurant.
Comment déjouer concrètement les pièges du marketing ?
La stratégie la plus efficace consiste à prendre systématiquement le contre-pied de ces facteurs psychologiques. Et cela commence dès le moment où l’on fait ses courses.
Exercice pratique
Quelques gestes simples et immédiatement applicables :
- Privilégier l’achat d’ingrédients au maximum non transformés ;
- Se diriger en priorité vers le rayon fruits et légumes dès l’entrée dans le magasin ;
- Préparer à manger soi-même le plus souvent possible ;
- Réinjecter du sens dans l’acte de s’alimenter, c’est-à-dire redevenir conscient des valeurs attachées à l’alimentation et faire en sorte que cela se traduise concrètement dans l’assiette et dans la façon de manger.
Ces habitudes permettent de reprendre le contrôle et de réduire progressivement l’exposition aux messages marketing les plus manipulatoires.
Supprimer les produits toxiques de notre alimentation
Certains produits vont au-delà de la simple désirabilité artificielle : ils sont carrément toxiques pour l’organisme. Il est donc indispensable de les identifier clairement et de se sevrer de leur consommation. Ce n’est certes pas facile, compte tenu de leur pouvoir addictogène, mais c’est profondément salutaire. Comme toujours, lorsqu’on supprime quelque chose, il faut le remplacer par autre chose : un aliment équivalent, mais de bien meilleure qualité nutritionnelle. Ce remplacement progressif facilite la transition et évite le sentiment de privation.
Identifier la fonction des comportements alimentaires non nutritifs
Parfois, l’absorption d’un aliment ne remplit aucune fonction nutritive réelle. Elle répond à une fonction clairement affective. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il s’agit de calmer une nostalgie passagère, le stress de la journée, une forte contrariété ou tout autre état émotionnel. Dans ces situations, il peut s’avérer particulièrement utile de consulter un thérapeute spécialiste du comportement. Celui-ci saura vous aider à identifier précisément la fonction de ce comportement alimentaire non nutritif et à sélectionner un comportement alternatif qui répondra mieux au besoin sous-jacent, sans passer par la compensation alimentaire.
En prenant conscience de ces mécanismes et en adoptant des réflexes simples au quotidien, il devient possible de retrouver une relation plus sereine et plus consciente avec l’alimentation, loin des pièges soigneusement tendus par le marketing agroalimentaire.





