Dossier

À quel moment doit-on parler d’addiction au sucré ?

Facteurs en cause (environnementaux, biologiques et psychologiques), signaux d’alerte, critères d’évaluation et plans de traitement

15 juillet 2025
J.-M. FICHEL

Table des matières

Introduction
Regards des neurosciences sur l’addiction au sucre
Raisons pour lesquelles les gens mangent du sucré
Addiction : signes d’alerte à surveiller
Distinguer l’addiction alimentaire de l’hyperphagie
L’échelle d’addiction alimentaire de Yale (YFAS)
L’essor des aliments ultra-transformés dans l’alimentation mondiale
La dépendance aux aliments ultra-transformés : un enjeu-clé dans le traitement du surpoids et de l’obésité
Conclusion
Références

En 2022, plus d’un milliard de personnes dans le monde étaient obèses (650 millions d’adultes, 340 millions d’adolescents et 39 millions d’enfants). Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé estimait qu’environ 167 millions de personnes seraient en moins bonne santé d’ici 2025 à cause du surpoids ou de l’obésité (OMS, 2022).

L’explication la plus souvent relayée pointe des facteurs biologiques (génétiques, hormonaux) et comportementaux (sédentarité, exercice insuffisant). La biologie et la sédentarisation des modes de vie n’expliquent en fait qu’une partie du problème de l’obésité. À côté doivent aussi être considérés d’autres facteurs comme l’introduction massive, depuis les années 1980, d’aliments ultra-transformés (AUT) dans la chaîne alimentaire et les conduites addictives qui ont suivi (LaFata et al., 2024).

La présente synthèse s’appuie sur des articles scientifiques obtenus par requête sur la plateforme PUBMED avec les mots-clés en anglais : obésité, addiction, sucre.

Regards des neurosciences sur l’addiction au sucre

Depuis plus de trente ans, l’addiction au sucre constitue un sujet d’intérêt majeur en neurosciences. Une expérience marquante (Lenoir et al., 2007) a montré que des rats rendus dépendants à la cocaïne préfèrent, dans 94 % des cas, une solution sucrée à la saccharine (un édulcorant sans calories) plutôt qu’une injection de cocaïne. Ce résultat souligne l’attrait exceptionnel du goût sucré, même face à une drogue puissante.

De nombreuses études publiées dans la littérature neuroscientifique confirment que la récompense procurée par le sucre (saccharose) est plus puissante que celle de la cocaïne. Ces recherches utilisent diverses méthodes pour perturber les circuits neuronaux de la récompense et de la motivation (par exemple, par des lésions ciblées, des inhibitions pharmacologiques ou des manipulations génétiques), afin d’observer les comportements qui en résultent. Il en ressort que les altérations de ces circuits affectent bien plus fréquemment les comportements motivés par la cocaïne que ceux motivés par le sucre, suggérant que la récompense sucrée est plus résistante aux dysfonctionnements biologiques (Ahmed et al., 2013).

Cette robustesse pourrait expliquer pourquoi il est si difficile de résister à des aliments riches en sucre, en particulier dans un environnement où ces produits sont omniprésents.

Par ailleurs, des preuves solides indiquent que certaines dépendances comportementales peuvent provoquer des modifications durables de la plasticité neuronale, similaires à celles observées après un usage prolongé de drogues. Une fois ces changements installés, ils affaiblissent le contrôle des impulsions, réduisant ainsi la capacité à résister aux aliments gras et sucrés – un facteur-clé dans la progression de l’épidémie d’obésité (Jacques et al., 2019).

Les produits sucrés activent les mêmes voies dopaminergiques que les drogues, notamment le striatum ventral, une région cérébrale essentielle à l’apprentissage de la récompense. Chez le rat, une consommation excessive et intermittente de sucre peut même entraîner une dépendance aux opioïdes endogènes (endorphines), comme en témoigne l’induction de symptômes de sevrage après blocage de leur action.

Des études de neuro-imagerie menées chez l’homme depuis une vingtaine d’années montrent que les cerveaux de personnes obèses présentent des adaptations neuronales comparables à celles des individus dépendants à la cocaïne. Ces altérations incluent une augmentation de l’activité dopaminergique et une hyperréactivité du striatum ventral, deux facteurs associés à une plus grande propension aux comportements addictifs. Par ailleurs, certains traits de personnalité, comme une tendance à la négativité ou à l’anxiété, semblent également prédisposer à la dépendance (Fattore et al., 2014).

Enfin, une revue récente en gastro-entérologie et hépatologie (Gupta et al., 2020) met en lumière des perturbations de l’axe cerveau–intestin–microbiome chez les personnes dépendantes aux aliments ultra-transformés. Ces perturbations, liées à une consommation chronique de ces produits, incluent une dérégulation des hormones impliquées dans la faim et la satiété (avec augmentation de l’appétit et diminution de la satiété), ainsi que des altérations du microbiome intestinal – autant de facteurs étroitement associés à un risque accru d’obésité.

Raisons pour lesquelles les gens mangent du sucré

Des récepteurs sensoriels présents sur la langue — actifs dès la vie intra-utérine — permettent la détection des quatre saveurs fondamentales : le sucré, le salé, l’acide et l’amer. À ces saveurs s’ajoute une cinquième, l’umami. Lorsqu’ils sont stimulés, notamment par des aliments riches en sucre, ces récepteurs déclenchent une sensation de plaisir intense, tant chez l’être humain que chez la majorité des mammifères (Lenoir et al., 2007).

Au-delà de ce plaisir gustatif immédiat, les aliments sucrés sont fréquemment consommés pour leurs effets psychologiques. Ils permettent d’atténuer le stress, la douleur, la fatigue, ou encore de lutter contre l’ennui et de favoriser la concentration. Le chocolat, en particulier, est reconnu pour ses propriétés antidépressives. Plusieurs recherches menées auprès de populations spécifiques — comme les adolescents à risque ou les femmes en surpoids — ont montré que la consommation de sucre peut fonctionner comme une forme d’automédication, apportant un soulagement émotionnel et réduisant les symptômes dépressifs (Ahmed et al., 2013).

Chez les femmes, l’envie accrue de chocolat ou d’aliments sucrés pendant la période prémenstruelle est liée à une baisse des niveaux d’œstrogène et de progestérone. Ces variations hormonales interagissent avec d’autres facteurs tels qu’une éventuelle carence en magnésium ou des états émotionnels négatifs (Fattore et al., 2014).

L’attrait pour un aliment repose à la fois sur son aspect hédonique (le plaisir qu’il procure au goût) et sur son impact émotionnel (le réconfort qu’il génère). Le sucré combine ces deux dimensions. D’ailleurs, la réponse au sucre semble liée à l’âge : des études ont montré que les jeunes rats réagissent de façon plus intense à une solution de saccharose que les rats adultes (Jacques et al., 2019). Le chocolat contient également des substances actives aux effets stimulants ou anxiolytiques, suffisamment puissantes pour induire, chez certains individus, des comportements de dépendance (Fattore et al., 2014).

Le lien entre stress et consommation de substances gratifiantes est bien établi. Le stress joue à la fois le rôle de déclencheur et de conséquence lors de la privation de ces substances. Les symptômes de sevrage, tels que l’anxiété ou le manque, sont similaires pour les drogues et les aliments hautement appétissants (Jacques et al., 2019). D’ailleurs, beaucoup comparent leur relation au sucre à une véritable addiction. Il existe une forte convergence entre les circuits cérébraux impliqués dans la régulation des émotions (comme celles liées à la survie : fuite ou combat) et ceux mobilisés lors de la consommation d’aliments très gratifiants. Comprendre l’influence du stress dans l’apparition de l’obésité constitue donc une étape-clé pour élaborer des stratégies thérapeutiques efficaces (Fattore et al., 2014).

Addiction : signes d’alerte à surveiller

La présence simultanée de plusieurs des signes suivants doit amener à s’interroger sur une possible addiction comportementale : comportement impulsif, altération du jugement, désir irrépressible, développement d’une tolérance (augmentation des quantités nécessaires), symptômes de sevrage (état de manque) et fréquence élevée des rechutes. Ces signaux ne sont généralement pas associés à la consommation d’aliments naturels tels que les fruits, les légumes ou la viande. En effet, les données publiées montrent peu ou pas de lien entre ces aliments et les critères d’addiction (LaFata et al., 2024).

L’obésité, en elle-même, constitue également un indicateur d’alerte. Les personnes obèses présentent en effet plus fréquemment des symptômes relevant de l’addiction. Par exemple, une étude allemande menée auprès de candidats à la chirurgie bariatrique (78 % de femmes) a révélé que 47 % d’entre eux atteignaient les critères de dépendance alimentaire (Meule et al., 2017).

De plus, la validation américaine de la version 2 de l’échelle d’addiction alimentaire de Yale montre que le diagnostic de dépendance augmente avec l’IMC. Les sujets obèses avaient 4,54 fois plus de risques d’atteindre ce seuil que les personnes de poids normal. Un indice de masse corporelle élevé était également associé à une alimentation plus impulsive, des variations de poids plus marquées et des épisodes plus fréquents d’hyperphagie. À l’inverse, la restriction alimentaire volontaire (dans le but de perdre du poids) semble peu corrélée aux phénomènes d’addiction (Gearhardt et al., 2016).

Il est essentiel de rappeler que les addictions comportementales résultent toujours d’une interaction complexe entre plusieurs facteurs : une substance ou activité (plus ou moins addictive), un individu (plus ou moins vulnérable) et un environnement (plus ou moins permissif ou stimulant) (Fattore et al., 2014).

Tableau 1. – Principaux signaux d’alerte d’une addiction comportementale

Un comportement addictif se définit par la présence des éléments suivants (Fattore et al., 2014) :
une tension ou excitation précédant l’acte ;
une gratification et/ou un soulagement au moment de l’exécution de l’acte ;
une incapacité à résister à l’envie, même face à des conséquences négatives ou des dangers imminents ;
une négligence des répercussions sur la vie personnelle, sociale ou professionnelle.

Distinguer l’addiction alimentaire de l’hyperphagie

L’appétit correspond au désir de manger. Lorsqu’il est perturbé, ce désir peut devenir incontrôlable et exiger une satisfaction immédiate. Une faim « normale » peut être apaisée par n’importe quel aliment, tandis que dans le cadre d’une addiction, le besoin irrésistible porte généralement sur des aliments précis.

La compulsion alimentaire, quant à elle, s’inscrit dans une autre dynamique. Elle se manifeste souvent par des comportements tels que « vider le frigo », sans distinction entre aliments sucrés ou salés. Ces accès compulsifs sont typiques des troubles du comportement alimentaire, comme la boulimie ou l’hyperphagie.

Bien que le diagnostic de trouble accès hyperphagiques présente plusieurs similitudes avec les comportements addictifs – perte de contrôle, poursuite de la consommation malgré les conséquences négatives – des différences subsistent. Les critères propres aux addictions, tels que la tolérance, le sevrage ou l’envie irrépressible (craving), ne sont en principe pas présents dans l’hyperphagie. À l’inverse, les préoccupations excessives liées au poids et à la silhouette, ainsi que la culpabilité après les crises, sont des éléments caractéristiques des troubles alimentaires.

L’échelle d’addiction alimentaire de Yale (YFAS)

L’échelle d’addiction alimentaire de Yale (YFAS) et sa version mise à jour (YFAS 2.0) sont des outils validés permettant d’évaluer les comportements alimentaires à caractère addictif. Ces instruments s’appuient sur les critères diagnostiques du trouble lié à l’usage de substances, en raison des similitudes biologiques, psychologiques et comportementales entre les deux types d’addictions (Gearhardt et al., 2016 ; Meule et al., 2017).

Tableau 2. – Critères d’évaluation d’une addiction alimentaire

Les 11 symptômes évalués par l’YFAS 2.0 incluent :
consommer de grandes quantités de nourriture ou manger plus que prévu (quantités) ;
tentatives infructueuses de réduction (tentatives) ;
beaucoup de temps passé à acheter ou à consommer de la nourriture ou à se remettre des excès alimentaires (temps) ;
abandon d’activités importantes en raison de l’alimentation (activités) ;
manger à l’excès malgré les conséquences physiques ou émotionnelles (conséquences) ;
besoin de manger davantage pour obtenir les mêmes effets (tolérance) ;
symptômes de sevrage lors de la réduction de certains aliments (sevrage) ;
envies fréquentes pour certains aliments (envie irrépressible) ;
manquement à ses obligations en raison de l’alimentation (obligations) ;
manger à l’excès malgré des problèmes interpersonnels ou sociaux (problèmes), et
manger à l’excès dans des situations physiquement dangereuses (situations).

L’essor des aliments ultra-transformés dans l’alimentation mondiale

Les aliments ultra-transformés (AUT) occupent aujourd’hui une place centrale dans l’offre alimentaire mondiale. Présents dans tous les rayons des supermarchés, ils regroupent une large gamme de produits : bonbons, chocolats, pâtisseries industrielles, snacks emballés, produits d’apéritif, fast-foods ou encore sodas. Très riches en calories, ces produits sont conçus pour être à la fois très attractifs sur le plan gustatif et facilement accessibles, que ce soit en termes de prix, de disponibilité ou de praticité. Ces caractéristiques en font une solution de remplacement souvent privilégiée aux repas traditionnels, notamment en cas de contraintes de temps, de budget ou en cas de stress (LaFata et al., 2024).

Les AUT répondent à des procédés de fabrication rigoureux et normalisés. L’ajout de sucres dans leur composition n’est pas fortuit : il s’inscrit dans une stratégie visant à maximiser leur pouvoir de séduction. Autrefois réservé à une élite, le plaisir sucré s’est progressivement démocratisé. À partir des années 1960, le sucre remplace les graisses — devenues impopulaires car jugées trop caloriques — dans de nombreux produits transformés. Dans le même temps, des édulcorants puissants comme la saccharine (500 fois plus sucrante que le sucre) sont introduits pour développer une gamme dite « diététique », axée sur la promesse de produits faibles en calories. C’est aussi à cette période que les boissons sucrées font leur entrée en force sur le marché (Jacques et al., 2019).

Jusqu’aux années 1980, les stratégies commerciales reposaient essentiellement sur le marketing et le packaging, sans modification majeure des recettes. Un changement décisif survient entre 1980 et 2001, lorsque des groupes agroalimentaires américains tels que Kraft Foods et General Foods sont rachetés par des entreprises de l’industrie du tabac, comme Philip Morris. Ces nouveaux acteurs adoptent alors une approche radicalement différente : il ne s’agit plus seulement de vendre un produit, mais de modifier sa composition pour en accroître l’attrait. L’ajout ciblé d’additifs destinés à améliorer la saveur, la texture ou l’aspect visuel s’inspire directement des méthodes utilisées pour rendre les cigarettes plus addictives. Cette stratégie a contribué à la diffusion massive des AUT, d’abord aux États-Unis, puis à l’échelle mondiale (Fazzino et al., 2024 ; LaFata et al., 2024 ; Nguyen et al., 2020).

Tableau 3. – De l’ajout de sucre aux additifs : une volonté continue de séduire

Principales étapes dans l’évolution des produits de grande consommation :
1960 : Remplacement des matières grasses par le sucre dans les produits alimentaires
1970 : Élargissement de l’offre de boissons sucrées
1980 : Intégration d’additifs modifiant texture et goût, selon les procédés issus de l’industrie du tabac

La dépendance aux aliments ultra-transformés : un enjeu-clé dans le traitement du surpoids et de l’obésité

La consommation d’aliments ultra-transformés, à la fois bon marché et facilement accessibles, représente une menace majeure pour la santé publique, touchant particulièrement les populations vulnérables, notamment les jeunes. On estime que 10 à 20 % de la population présenterait des signes de dépendance à ces produits à forte appétence (Ahmed et al., 2013).

De plus en plus de professionnels de santé reconnaissent le rôle déterminant de cette dépendance dans l’échec des traitements contre le surpoids et l’obésité. Une étude contrôlée randomisée menée en 2019 auprès de 609 adultes engagés dans un programme de perte de poids sur un an a révélé que les symptômes de dépendance aux aliments ultra-transformés étaient le facteur prédictif le plus fort d’abandon du programme et de perte de poids insuffisante. D’autres variables, comme la qualité du sommeil, le stress perçu, la dépression ou encore l’éducation, avaient un impact bien moindre sur les résultats obtenus (LaFata et al., 2024).

Comme pour toute addiction, la consommation même occasionnelle d’un produit addictif peut renforcer la dépendance. Chez les personnes sensibilisées à ces aliments, la modération alimentaire – pourtant principe central de nombreux régimes – peut s’avérer contre-productive. Une consommation même limitée peut réactiver les envies, conduire à des excès et provoquer des rechutes.

Les risques de rechute restent élevés, même après une abstinence prolongée. Cela s’explique par l’interaction de mécanismes physiologiques et psychologiques : la sensibilisation accrue aux aliments via la répétition des expositions et l’anticipation du plaisir lié à leur consommation, entretenue par des signaux internes et environnementaux.

À l’image de ce que l’on observe chez les personnes dépendantes aux drogues, des stimuli associés à la nourriture (comme une publicité) peuvent déclencher des envies irrépressibles et activer les mêmes circuits cérébraux impliqués dans la rechute (Fattore et al., 2014).

Face à cette problématique, les approches inspirées du programme de sevrage en 12 étapes des Alcooliques Anonymes commencent à s’imposer. Le programme des Outremangeurs Anonymes (OA), par exemple, prône une abstinence stricte des aliments contenant des sucres raffinés (LaFata et al., 2024).

Outre l’abstinence, une autre voie prometteuse consiste en une restriction ciblée, moins radicale. Des recherches publiées en 2020 et 2021 suggèrent que le régime cétogène, basé sur une réduction drastique des sucres et des glucides raffinés, pourrait atténuer les symptômes d’hyperphagie et de dépendance aux aliments ultra-transformés.

Conclusion

La question de savoir à quel moment il convient de parler d’addiction au sucré ne trouve pas de réponse simple ou universelle. Ce qui ressort de manière claire, c’est que certains aliments, notamment les produits ultra-transformés riches en sucre, peuvent provoquer chez une partie de la population des réactions similaires à celles observées dans les addictions aux drogues : altération du jugement, perte de contrôle, craving, tolérance, sevrage et rechutes.

Les recherches en neurosciences, en psychologie et en nutrition convergent pour montrer que le sucre active puissamment les circuits de la récompense dans le cerveau, au point de rivaliser – voire de surpasser – l’effet de substances addictives comme la cocaïne. Cette réalité biologique est renforcée par des facteurs émotionnels, sociaux et hormonaux qui rendent les produits sucrés particulièrement attractifs, surtout dans un environnement alimentaire où ces produits sont omniprésents.

Parler d’addiction au sucré devient pertinent lorsqu’on observe une combinaison durable de comportements compulsifs, de perte de contrôle, d’échecs répétés à réduire la consommation, et d’impact négatif sur la santé physique ou psychique. Les outils de diagnostic comme l’échelle d’addiction alimentaire de Yale (YFAS) permettent de mieux cerner les profils à risque et d’objectiver cette dépendance.

Au-delà du simple attrait gustatif, l’addiction au sucré s’inscrit dans une problématique plus large liée à l’évolution de l’industrie agroalimentaire, à la transformation des habitudes de consommation et à la vulnérabilité de certains individus. Reconnaître cette addiction comme une réalité clinique et sociétale est essentiel pour adapter les approches de prévention et de traitement de l’obésité.

Références

Ahmed, S. H., Guillem, K., & Vandaele, Y. (2013). Sugar addiction: pushing the drug-sugar analogy to the limit. Curr Opin Clin Nutr Metab Care, 16(4), 434-439. https://doi.org/10.1097/mco.0b013e328361c8b8.

Fattore, L., Melis, M., Fadda, P., & Fratta, W. (2014). Sex differences in addictive disorders. Front. in Neuroendocrinol, 35(3), 272-284. https://doi.org/10.1016/j.yfrne.2014.04.003.

Fazzino, T. L., Jun, J., Chollet-Hinton, L., Bjorlie, K. (2024). US tobacco companies selectively disseminated hyper-palatable foods into the US food system: Empirical evidence and current implications. Addiction, 119(1), 62-71. https://doi.org/10.1111/add.16332.

Gearhardt, A. N., Corbin, W. R., & Brownell, K. D. (2016). Development of the Yale Food Addiction Scale Version 2.0. Psychology of Addictive Behaviors, 30(1), 113–121. https://doi.org/10.1037/adb0000136.

Gupta, A., Osadchiy, V., Mayer, E. A. (2020). Brain-gut-microbiome interactions in obesity and food addiction. Nat Rev Gastroenterol Hepatol, 17(11), 655–672. https://doi.org/10.1038/s41575-020-0341-5.

Jacques, A., Chaayaa, N., Beechera, K., Alia, S.A., Belmera, A., & Bartlett, S. (2019). The impact of sugar consumption on stress driven, emotional and addictive behaviors. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 103, 178-179. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2019.05.021.

LaFata, E. M., Allison, K. C., Audrain‑McGovern, J., & Forman, E. M. (2024). Sex differences in addictive disorders. Ultra‑Processed Food Addiction: A Research Update. Current Obesity Reports, 13, 214–223. https://doi.org/10.1007/s13679-024-00569-w.

Lenoir, M., Serre, F., Cantin, L., & Ahmed, S. H. (2007). Intense Sweetness Surpasses Cocaine Reward. PLoS ONE, 2(8): e698. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0000698.

Meule, A., Müller, A., Gearhardt, A. N., & Blechert, J. (2017). German version of the Yale Food Addiction Scale 2.0: Prevalence and correlates of ‘food addiction’ in students and obese individuals. Appetite, 115, 54-61. https://doi.org/10.1016/j.appet.2016.10.003.

Nguyen, K. H., Glantz, S. A., Palmer, C. N., Schmidt L. A. (2020). Ransferring racial/ethnic marketing trategies from tobacco to food corporations: Philip Morris and kraft general foods. Am J Public Health, 110(3), 329–336. https://doi.org/10.2105/ajph.2019.305482.

Organisation mondiale de la Santé (2022). Plus d’un milliard de personnes dans le monde sont obèses. https://news.un.org/fr/story/2022/03/1115672.

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